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Le Casino de Monte-Carlo est l'un des établissements de jeux les plus célèbres du monde : inauguré en 1863 sous le règne de Charles III, exploité depuis l'origine par la Société des Bains de Mer, il a donné naissance au quartier qui porte aujourd'hui le nom de Monte-Carlo.
Avant lui, le plateau des Spélugues n'était qu'un promontoire presque vierge dominant la mer. En une décennie, ce belvédère est devenu le centre de gravité du quartier de Monte-Carlo et le symbole mondial d'un certain art de vivre. Ce guide raconte comment un pari politique de 1863 a fondé un modèle économique, une architecture et un marché immobilier sans équivalent, et donne toutes les informations pratiques pour visiter le monument en 2026.
Le Casino de Monte-Carlo résume l'histoire économique de Monaco en un seul bâtiment. Voici les faits essentiels, vérifiés aux sources officielles.
Conseil Petrini : visitez le monument en matinée pour l'architecture, revenez après 19 h pour l'atmosphère des salons. Les jeux se découvrent dès 14 h, dans une tenue soignée.
Le Casino de Monte-Carlo est un établissement de jeux, un monument Belle Époque et un actif public à la fois. Il appartient à la Société des Bains de Mer et du Cercle des Étrangers à Monaco, la SBM, société cotée à Euronext Paris dont l'État monégasque détient 64,21 % du capital, part publiée par le groupe dans ses documents financiers. Chaque jeton misé dans ses salons alimente donc, indirectement, le budget d'un État souverain.
Cette singularité n'a pas d'équivalent. Monaco est un pays à part entière bien avant la création du casino, mais c'est le casino qui lui a donné les moyens de son indépendance économique. Comprendre ce bâtiment, c'est comprendre pourquoi la Principauté fonctionne comme elle fonctionne.

Le casino est né d'une amputation territoriale. En 1860, la cession de Menton et de Roquebrune fait perdre à Monaco l'essentiel de ses terres et de ses habitants, dans des proportions que les travaux historiques évaluent à environ 93 % du territoire et 85 % de la population. La Principauté de Monaco se retrouve réduite à une bande côtière sans ressources agricoles, et son souverain doit inventer un modèle économique à partir de presque rien.
Charles III fait le pari des jeux et de la villégiature. Une première concession est accordée dès 1856, sans succès durable : les concessionnaires se succèdent et échouent. Tout change le 2 avril 1863, quand l'exploitation est confiée à François Blanc. Le personnage n'est pas un aventurier : depuis 1840, il exploite avec son frère la maison de jeu de Homburg, en Allemagne, ouverte le 23 mai 1841 et devenue l'une des plus courues d'Europe. Blanc sait exactement ce qu'il vient faire à Monaco.
Le contrat est d'une ambition inhabituelle. En échange du monopole, la Société des Bains de Mer doit assurer les services publics de la Principauté : la fourniture d'eau et de gaz, la construction des routes, les transports terrestres et maritimes avec Nice et Menton, jusqu'à la publication du journal officiel, précise le Gouvernement princier. Le casino n'est pas un divertissement posé sur une ville existante : c'est la ville qui est construite autour du casino, par son exploitant.
Le succès arrive vite. Le 1er juin 1866, Charles III donne son nom au plateau des Spélugues, désormais Monte-Carlo, le mont Charles. L'événement marque un tournant dans la lignée des princes de Monaco, dont aucun n'avait encore attaché son nom à une ville nouvelle. Trois ans plus tard, en 1869, la manne des jeux permet au prince de supprimer les impôts directs pour ses sujets. Le principe fondateur de l'attractivité fiscale monégasque, toujours en vigueur, est né dans les salons du casino.
Après la mort de François Blanc en 1877, son épouse Marie Blanc poursuit l'œuvre et voit plus grand encore. Jusque-là, l'histoire du Rocher de Monaco s'était écrite autour du palais et du port ; c'est elle qui déplace définitivement le centre de gravité mondain de la Principauté vers le plateau d'en face, en confiant à un architecte déjà célèbre le soin de transformer le casino en palais.
Le Casino de Monte-Carlo doit une part décisive de son destin au chemin de fer. Avant 1868, on n'accédait à la Principauté que par la mer ou par des chemins muletiers : un casino de luxe y était une promesse difficile à tenir. Le 19 octobre 1868, la ligne de Nice à Monaco est ouverte, et le Journal de Monaco rapporte que, malgré une pluie diluvienne, cette première journée amena dans la Principauté 346 voyageurs, quatre trains desservant désormais la gare chaque jour.
Le chiffre paraît modeste, il est en réalité le point de bascule. La SBM annonce déjà plus de 170 000 touristes accueillis en 1869, l'année suivante. Le rail transforme une curiosité géographique en destination de séjour pour les aristocraties européennes, et l'accessibilité devient le premier actif de Monaco, bien avant le décor.
Cette leçon fondatrice n'a jamais cessé d'être appliquée : la Principauté a plus tard enterré sa propre voie ferrée pour récupérer le foncier libéré, et n'a jamais cessé de gagner du terrain sur la mer. La superficie de Monaco, aujourd'hui de 208 hectares, reste le paramètre qui commande toute son économie.
L'architecte de l'Opéra de Paris a signé la partie la plus spectaculaire du monument. En 1878, les bâtiments d'origine sont démolis et Charles Garnier conçoit la salle de spectacle, inaugurée le 25 janvier 1879 avec Sarah Bernhardt sur scène : la Salle Garnier, écrin de l'Opéra de Monte-Carlo, 517 places selon l'office de tourisme monégasque, nichée dans l'aile sud du casino face à la mer.
Le reste du monument s'est construit par strates, comme le détaille la SBM : l'atrium et ses 28 colonnes de marbre en 1879 par l'architecte Dutrou, la Salle des Amériques dessinée par Garnier en 1881, les Salles Touzet jumelles en 1890, la Salle Blanche et le Salon Rose en 1903, la monumentale Salle Médecin en 1910. Un demi-siècle de chantiers presque ininterrompus, au rythme des agrandissements que le succès imposait.
Le décor végétal a été pensé en même temps que la pierre. Dès 1879, Charles III confie le dessin des jardins de la place au paysagiste et botaniste Édouard André, avec une consigne restée célèbre : offrir aux hivernants un éternel printemps de décembre à mars. Les jardins des Boulingrins accueillent depuis 2014 cinq pavillons de 2 700 m² qui prolongent cette tradition d'accueil.
Le dialogue avec la place est tout aussi étudié. En face du casino, l'Hôtel de Paris, inauguré dès 1864, a été voulu par François Blanc comme le plus bel hôtel d'Europe ; casino, palace et Café de Paris forment depuis cent soixante ans le triptyque le plus photographié de la Côte d'Azur.
Le bâtiment n'a par ailleurs jamais été qu'une maison de jeu. Sa salle de spectacle a accueilli des créations mondiales qui comptent dans l'histoire de la musique, du Jongleur de Notre-Dame de Massenet en 1902 à L'Enfant et les Sortilèges de Ravel, sur un livret de Colette, créé le 21 mars 1925. Les Ballets russes de Serge de Diaghilev s'y installent à demeure à partir de 1911, avec des décors signés Picasso, Matisse et Braque, jusqu'à leur dernière représentation le 9 mai 1929. Les Ballets de Monte-Carlo, créés en 1985 à l'initiative de la princesse de Hanovre pour exaucer un vœu de la princesse Grace, perpétuent cet héritage.
Voici les dates qui ont fait le monument, toutes issues des chronologies officielles de la SBM, du Journal de Monaco et du Gouvernement princier.
Les dates qui ont fait le Casino de Monte-Carlo
Sources : Société des Bains de Mer (chronologie officielle), Journal de Monaco, Gouvernement princier et Legimonaco.
| Année | Événement |
|---|---|
| 1860 | La cession de Menton et Roquebrune prive Monaco de l'essentiel de son territoire et de sa population |
| 1863 | Ouverture du casino ; François Blanc obtient la concession et fonde la Société des Bains de Mer |
| 1864 | Inauguration de l'Hôtel de Paris, voulu comme le plus bel hôtel d'Europe |
| 1866 | Le plateau des Spélugues devient Monte-Carlo par ordonnance du 1er juin |
| 1868 | Ouverture du chemin de fer de Nice à Monaco le 19 octobre : 346 voyageurs le premier jour |
| 1869 | Charles III supprime les impôts directs ; plus de 170 000 touristes accueillis dans l'année |
| 1879 | Inauguration de la Salle Garnier le 25 janvier ; jardins de la place dessinés par Édouard André |
| 1881-1910 | Salle des Amériques (1881), Salles Touzet (1890), Salle Blanche et Salon Rose (1903), Salle Médecin (1910) |
| 1911 | Les Ballets russes de Diaghilev s'installent à Monte-Carlo, décors de Picasso, Matisse et Braque |
| 1966 | La loi n° 807 du 23 juin fait entrer l'État monégasque au capital de la Société des Bains de Mer |
| 1987 | La loi n° 1.103 du 12 juin fixe le régime des jeux, dont l'interdiction faite aux Monégasques |
| 2020 | Inauguration de la nouvelle place du Casino, redessinée par Michel Desvigne, le 2 juin |
Tableau réalisé par Petrini Exclusive Real Estate Monaco. Chronologie établie d'après les publications officielles de la SBM, du Journal de Monaco et du Gouvernement princier.

Les citoyens monégasques ne peuvent pas jouer au Casino de Monte-Carlo, et cette interdiction est inscrite dans la loi. L'article 11 de la loi n° 1.103 du 12 juin 1987 relative aux jeux de hasard dispose que les Monégasques, comme les fonctionnaires et agents de l'État, de la Commune et des établissements publics, ne peuvent pas participer aux jeux dans les maisons de jeux de la Principauté.
La logique est ancienne et limpide : les jeux existent pour capter la dépense des visiteurs étrangers, jamais pour appauvrir les nationaux. Le nom complet de la SBM, Société des Bains de Mer et du Cercle des Étrangers, dit exactement cela depuis 1863. La même loi réserve par ailleurs l'accès des salons aux personnes majeures et permet d'en écarter les personnes exclues, les militaires en uniforme ou les ministres des cultes.
Pour un résident étranger de Monaco, en revanche, aucune interdiction : jouer reste parfaitement légal. C'est l'un des rares privilèges que la citoyenneté monégasque retire au lieu de donner.
Le casino se visite de deux manières : en visiteur du patrimoine le matin, en joueur l'après-midi et le soir. Les salons de jeux ouvrent tous les jours à 14 h ; l'entrée coûte 20 €, dont 10 € à utiliser sur place, aux machines à sous, au bar ou au Salon Rose, selon la billetterie officielle de la SBM. L'accès est réservé aux personnes de 18 ans révolus, sur présentation d'une pièce d'identité originale : carte nationale d'identité pour les ressortissants de l'Union européenne ou passeport, les copies et documents numériques étant refusés.
En matinée, le monument s'ouvre aux visiteurs qui veulent voir l'atrium, les salles historiques et les œuvres d'art sans jouer, avec une dernière entrée à 12 h 15. Le dress code, lui, est réel mais raisonnable : shorts, sportswear, baskets et tenues de plage sont refusés dès l'après-midi, les t-shirts après 19 h, et la veste s'impose le soir dans les Salons Privés. Un visiteur soigné n'est jamais refoulé ; un joueur en tongs, toujours.
Visiter le Casino de Monte-Carlo : l'essentiel 2026
Source : montecarlosbm.com, conditions d'entrée consultées en août 2026. Informations susceptibles d'évoluer, vérifiez avant votre visite.
| Information | Détail |
|---|---|
| Salons de jeux | Tous les jours à partir de 14 h ; machines à sous de la Salle des Amériques dès 11 h |
| Entrée jeux | 20 €, dont 10 € à utiliser sur place (machines, bar ou Salon Rose) |
| Visite patrimoine | En matinée, dernière entrée à 12 h 15 |
| Conditions | 18 ans révolus, pièce d'identité originale obligatoire |
| Dress code | Tenue soignée ; shorts, sportswear et baskets refusés ; veste le soir dans les Salons Privés |
| Salles à voir | Atrium, Salle Europe, Salles Touzet, Salle Blanche, Salle Médecin, Salon Rose |
Tableau réalisé par Petrini Exclusive Real Estate Monaco, d'après les conditions publiées par la Société des Bains de Mer.
Le casino cultive les jeux européens de tradition, là où Las Vegas a standardisé les siens. Roulette française et roulette anglaise, trente et quarante, black-jack, baccarat, Punto Banco et Ultimate Texas Hold'em se partagent les salons, avec des mises minimales affichées à partir de 5 € aux roulettes. Les machines à sous, réparties notamment dans la Salle des Amériques, complètent l'offre dès la fin de matinée.
La présence de la roulette explique à elle seule une part du mythe. Quand la France autorise à nouveau les jeux dans les casinos des stations classées, par la loi du 15 juin 1907, elle en exclut expressément la roulette et le trente et quarante : pendant des décennies, il fallait donc franchir la frontière monégasque pour les pratiquer légalement sur la Riviera. Monte-Carlo n'a pas seulement eu l'avance, elle a eu longtemps l'exclusivité des jeux les plus romanesques.
Détail que peu de visiteurs connaissent : les tables de jeu sont fabriquées dans les propres ateliers de la SBM, une tradition artisanale maison qui participe du soin porté au décor. Les Salons Privés, accessibles sur tenue et sur usage, perpétuent quant à eux la grande tradition des cercles fermés du XIXe siècle.
Le Casino de Monte-Carlo appartient à la Société des Bains de Mer, contrôlée par l'État monégasque, qui en détient 64,21 % du capital selon les publications du groupe. Cette détention publique n'a rien d'une évidence historique : elle résulte d'un bras de fer resté célèbre en Principauté.
Dans les années 1950, l'armateur grec Aristote Onassis prend le contrôle de fait de la SBM en devenant son actionnaire principal. La situation devient intenable : le premier employeur du pays, propriétaire du monument national, échappe à l'État. Le prince Rainier III répond par le droit. La loi n° 807 du 23 juin 1966, publiée au Journal de Monaco, crée 600 000 actions nouvelles attribuées à l'État et ouvre à celui-ci le rachat des titres existants. La société conteste le texte devant le Tribunal Suprême, qui rejette son recours le 6 mars 1967. Onassis revend ses parts et quitte la partie.
Depuis, le contrôle du casino n'a plus jamais été discuté. La SBM est aujourd'hui le premier employeur privé de la Principauté et exploite, outre le Casino de Monte-Carlo, le Casino Café de Paris, des hôtels de légende et plus de trente restaurants et bars. Avec le Guide Michelin 2026, le groupe revendique le titre de resort le plus étoilé au monde, avec 10 étoiles réparties sur six restaurants.
Le groupe s'est aussi transformé en bailleur de premier plan. Sur l'exercice clos au 31 mars 2026, le secteur locatif a représenté 156,5 millions d'euros de chiffre d'affaires, soit 18 % du total du groupe, dont 62,7 millions pour le seul locatif résidentiel, avec un taux d'occupation proche de 100 %. Autrement dit, la société née pour exploiter une maison de jeu tire aujourd'hui près d'un cinquième de ses revenus de la pierre monégasque.
Elle continue d'ailleurs de façonner le quartier. Après la livraison de One Monte-Carlo, la SBM porte un projet immobilier sur les Terrasses du Casino, qu'elle désigne sous le nom de Thermes-Terrasses et que la presse a surnommé One Monte-Carlo 2 par analogie avec le précédent. Le programme, présenté par la direction du groupe à la presse monégasque et non encore détaillé dans sa communication financière, prévoirait une dizaine de résidences de très grand luxe, des bureaux, des commerces et des Thermes Marins entièrement reconstruits, pour un chantier espéré à partir de 2027. Une nouvelle transformation profonde du périmètre du casino se prépare donc, sous réserve des autorisations.
Monaco ne vit plus des jeux, et l'écart avec l'image répandue est spectaculaire. En 2025, les recettes de l'État monégasque se sont élevées à 2 464,7 millions d'euros, dont 62,6 millions au titre des monopoles concédés, catégorie dont relève la Société des Bains de Mer : soit 2,5 % du total, selon l'IMSEE. La part imputable aux seuls jeux est inférieure encore, cette ligne budgétaire recouvrant d'autres concessions.
Ce sont désormais la fiscalité indirecte et l'économie de services qui financent la Principauté : la TVA et les transactions commerciales représentent à elles seules 1 239,1 millions d'euros, la moitié des recettes de l'État. À l'échelle du groupe SBM lui-même, le mouvement est le même : sur l'exercice clos au 31 mars 2026, les jeux ont pesé 259,6 millions d'euros de chiffre d'affaires contre 443,1 millions pour l'hôtellerie.
Ce que le casino rapporte vraiment à Monaco n'est plus de l'argent de jeu
L'idée que la Principauté vivrait des tapis verts est un raccourci qui a cessé d'être exact il y a plusieurs décennies. Les chiffres publics le montrent sans ambiguïté : les monopoles concédés représentent 2,5 % des recettes de l'État en 2025, quand la seule TVA en apporte la moitié.
Il faut lire ce chiffre correctement : ce ne sont pas les jeux qui ont perdu de leur importance, c'est l'économie monégasque qui s'est diversifiée autour d'eux. Le casino reste une pièce essentielle de cette économie, et le symbole sur lequel repose l'attrait de la Principauté. La SBM elle-même en est la démonstration : elle tire aujourd'hui 18 % de son chiffre d'affaires du locatif, une activité immobilière qui n'existerait pas sans la valeur d'adresse créée par le monument.
La contribution réelle du casino est donc devenue indirecte, et elle est considérable : il fabrique la notoriété qui attire les résidents, les entreprises et les visiteurs. En 2025, Monaco a enregistré près de 6,7 millions de visites pour environ 1,4 milliard d'euros de dépenses directes, selon l'enquête de l'IMSEE et de la Direction du Tourisme.
Pour l'observateur du marché immobilier, la lecture est simple : le casino ne pèse plus sur le budget de l'État, il pèse sur la valeur des adresses qui l'entourent. Une notoriété de cent soixante ans ne se construit pas deux fois, et elle ne se délocalise pas.
La légende du lieu s'est écrite très tôt. En 1891, le Britannique Charles Wells aligne les séries gagnantes à la roulette au point de faire sauter la banque à plusieurs reprises, selon la chronique de l'époque : les tables devaient être recouvertes d'un voile noir le temps de reconstituer leur encaisse. L'exploit inspire une chanson de music-hall restée célèbre, The Man Who Broke the Bank at Monte Carlo, avant que Wells ne finisse condamné pour escroqueries. Le mythe, lui, était lancé.
Le cinéma a fait le reste. James Bond y a élu domicile de Never Say Never Again à GoldenEye, et le casino sert régulièrement de décor ou de référence, d'Ocean's Twelve à Madagascar 3. Peu de bâtiments au monde ont autant nourri l'imaginaire du luxe, et cette image irrigue directement l'attractivité résidentielle d'un territoire de 2,08 km².
L'été, la légende se vit d'ailleurs autant dehors que dedans. Les soirées du Maona Monte-Carlo prolongent l'atmosphère des salons jusque tard dans la nuit, pour une clientèle qui vient chercher à Monaco précisément ce que le casino a inventé : le spectacle permanent.
Le même esprit descend jusqu'au rivage. Les journées du Monte-Carlo Beach Club appartiennent au même univers, celui d'une principauté où le luxe se vit dehors, de la plage aux terrasses de la place du Casino.
Autour du monument s'étend le périmètre résidentiel le plus convoité de Monaco. La place elle-même a été entièrement redessinée par le paysagiste Michel Desvigne et inaugurée le 2 juin 2020 en présence du prince Albert II : une esplanade minérale et piétonne autour du Sky Mirror d'Anish Kapoor, qui préserve le tracé du Grand Prix de Formule 1 de Monaco, dont le virage du Casino reste l'un des passages les plus filmés du championnat.
La transformation immobilière a suivi le même calendrier. Sur le site de l'ancien Sporting d'Hiver, l'ensemble One Monte-Carlo, livré en 2019 par la SBM avec les architectes Rogers Stirk Harbour + Partners et Alexandre Giraldi, a apporté 37 appartements et une nouvelle promenade commerçante à quelques mètres des tables de jeu.
Le triptyque historique a été rénové dans la foulée : l'Hôtel de Paris a rouvert entièrement transformé en janvier 2019 après quatre ans de travaux, et la réouverture du Café de Paris en novembre 2023 a parachevé le nouveau visage de la place. En moins de dix ans, la SBM a reconstruit autour du casino l'équivalent d'un quartier entier, sans jamais fermer le monument. Cette rénovation générale a fait monter le standing de tout le périmètre, et la remise à neuf complète de l'Hôtel de Paris a replacé le palace dans la course avec les plus grands du monde.
Ce réflexe de reconquête foncière est monégasque avant d'être immobilier. C'est la même logique qui a conduit à enterrer la voie ferrée : la gare de Monte-Carlo, qui occupait l'emplacement de l'actuel Fairmont, a fermé en 1965 après le percement du nouveau tracé, et la mise en souterrain achevée en 1999 a libéré quatre hectares en plein centre. À Monaco, chaque mètre carré rendu à la ville devient immédiatement un actif, comme le montre aussi Mareterra, le quartier le plus cher du monde, inauguré le 4 décembre 2024.
Reste à comprendre ce que cette centralité veut dire pour quelqu'un qui cherche à s'installer. À l'échelle de la Principauté, le casino n'est pas seulement un monument : c'est le point de repère à partir duquel les nouveaux arrivants organisent toute leur lecture de la ville. Lorsqu'un client découvre Monaco, il situe spontanément ce qu'il visite par rapport au casino, et sa première question porte presque toujours sur ce qu'il est possible d'habiter autour.
Une précision s'impose alors, car elle est mal comprise à l'extérieur : le Carré d'Or n'est pas un quartier administratif de Monaco. C'est une sous-section du quartier de Monte-Carlo, un périmètre d'une poignée de rues autour de la place du Casino, où se concentrent les boutiques de luxe et les résidences les plus prestigieuses. Les appartements à vendre au Carré d'Or appartiennent à ce périmètre restreint, et c'est cette rareté même qui fait le prix.
Un mot sur une idée reçue tenace, en revanche. Personne n'achète à Monaco pour le mythe du casino : je n'ai jamais vu un acquéreur choisir un appartement parce qu'une roulette tourne en face. Ce que les clients les plus fortunés viennent chercher au Carré d'Or, c'est la centralité et le glamour de l'endroit le plus connu de la Principauté, avec les boutiques, les palaces et les services à quelques mètres. Le casino n'est pas l'argument, il est le centre de gravité.
Plusieurs résidences monégasques offrent une vue directe sur le Casino de Monte-Carlo, et c'est une demande récurrente de notre clientèle : certains acquéreurs tiennent à voir le monument depuis chez eux. Voici celles que nous citons le plus souvent en visite, avec ce qui les distingue.
Pour la carte postale au sens propre, Les Floralies offrent l'une des plus belles vues sur le casino et la place, dans un immeuble de plein Carré d'Or.
Le Mirabeau propose des perspectives spectaculaires sur le casino depuis ses étages, avec l'avantage d'une adresse historique parfaitement identifiée sur le marché monégasque.
À quelques pas, Park Palace reste l'une des résidences les plus demandées du périmètre, appréciée pour son emplacement et pour la qualité de ses parties communes.
Dans Le Métropole, ce sont les étages élevés qui donnent la vue, avec l'accès direct au centre commercial et aux boutiques de luxe en pied d'immeuble.
Nos bureaux occupent eux-mêmes le pied du Prince de Galles, en plein Carré d'Or, dont le rooftop domine la place du Casino. L'entrée y est volontairement discrète, connue des seuls initiés : c'est un parti pris, celui d'un accompagnement sur mesure et confidentiel, sans vitrine sur rue, que notre nom d'Exclusive Real Estate traduit littéralement. Nos clients nous associent naturellement à ce périmètre, que nous pratiquons au quotidien.
Il faut y ajouter Sun Tower, ainsi que La Petite Afrique, le Palais Saint James et Le Montaigne, qui complètent l'offre du périmètre. Même Le Renzo, à Mareterra, bénéficie d'une belle vue sur le casino, preuve que le monument reste le point de mire du littoral monégasque.
Le cas de One Monte-Carlo est à part. Ce n'est pas la vue qu'on y achète, mais un niveau de services que peu d'adresses au monde proposent : accès aux Thermes Marins Monte-Carlo, prestations hôtelières de l'Hôtel de Paris, voiturier. C'est de l'ultra-luxe au sens propre, et cela explique la demande locative très soutenue que nous y constatons.
Le Carré d'Or est une adresse de résidents, pas seulement un décor pour visiteurs. Le quartier a certes été créé pour le tourisme, et c'est même son acte de naissance historique, mais l'offre qui entoure aujourd'hui la place du Casino est massivement utilisée par ceux qui habitent sur place.
Les résidents y dînent toute l'année. Le Louis XV d'Alain Ducasse, à l'Hôtel de Paris, est distingué de trois étoiles au Guide Michelin 2026 ; Le Grill, au huitième étage du même palace et sous son toit ouvrant, en détient une ; le rooftop Amazónico, ouvert en avril 2024 au-dessus du Café de Paris, a immédiatement trouvé sa clientèle locale. Toute cette offre de la SBM autour du casino fait partie du quotidien des habitants du périmètre.
La comparaison qui parle le mieux à nos clients internationaux est celle des grandes capitales : le Carré d'Or est à Monaco ce que les abords de Central Park sont à Manhattan, un centre névralgique dense, très animé, et recherché précisément pour cela. La foule et l'animation ne sont pas un défaut du produit, elles en font partie.
Faut-il pour autant y voir une nuisance ? Non, et c'est une objection que j'entends régulièrement. Habiter face au casino, ce n'est pas subir un flux touristique, c'est vivre dans une ambiance et un art de vivre particuliers, avec un bâtiment historique magnifique dans son champ de vision. Beaucoup de clients recherchent exactement cela.
Cela ne convient évidemment pas à tout le monde, et notre rôle est de le dire. Les acquéreurs qui veulent le calme absolu se dirigent vers le Larvotto ou vers Fontvieille, où l'atmosphère est totalement différente, à quelques minutes de là. Le choix entre ces deux Monaco est souvent la vraie question d'une recherche, bien avant le budget.
Le Carré d'Or se paie 20 à 35 % plus cher que le reste de Monte-Carlo, selon les observations de notre agence, et l'écart dépasse cette fourchette pour les biens d'exception. Sur les typologies les plus rares, grandes surfaces entièrement rénovées, vue mer, étages élevés, parking et conciergerie de résidence, les transactions constatées dans des immeubles comme Le Mirabeau, Les Floralies ou Park Palace peuvent atteindre 100 000 € le mètre carré.
D'où viennent ces chiffres
L'écart de 20 à 35 % et le niveau de 100 000 € le mètre carré proviennent des transactions et des mandats observés par Petrini Exclusive Real Estate Monaco sur le périmètre du Carré d'Or, croisés avec les données publiques de l'IMSEE. Ils décrivent des biens d'exception, pas le marché courant.
Ces valeurs sont des ordres de grandeur destinés à situer un budget. Elles ne constituent ni une expertise, ni une estimation opposable, ni un engagement de prix : chaque bien se valorise selon son étage, sa surface, son état, ses annexes et le règlement de sa copropriété.
Pour situer ces niveaux dans l'ensemble du marché, notre analyse du prix au m² à Monaco détaille les valeurs quartier par quartier ; le périmètre du casino y occupe, année après année, le sommet de la hiérarchie.
La dynamique récente confirme ce classement, comme le montrent les tendances du marché immobilier monégasque : la rareté se paie d'abord au centre.
Le profil des acquéreurs, lui, a changé. Ce sont aujourd'hui des chefs d'entreprise de plus en plus jeunes, de toutes nationalités, qui viennent pour un faisceau de raisons dont la fiscalité n'est qu'une composante : la sécurité, le cadre de vie, le climat, la qualité des services et de la santé, et une position centrale en Europe tout en restant hors de l'Union européenne. Le Carré d'Or reste un véritable creuset de cultures, et aucune nationalité n'y domine.
Ce cœur de prestige a d'ailleurs un nom chez nous. Le périmètre que notre agence a défini comme le Triangle des Milliardaires s'articule précisément autour de la place du Casino : c'est la zone où l'histoire du monument, la rareté foncière et la demande internationale se superposent.
C'est là que le choix de l'accompagnement fait la différence. Nous travaillons ce périmètre immeuble par immeuble, avec la mémoire des résidences, des étages et des transactions qui permet de distinguer, face au casino, l'adresse mythique de l'adresse simplement bien placée. Deux appartements séparés de trois étages dans le même immeuble ne valent pas le même prix, et c'est précisément ce type d'écart qui se joue au moment de négocier.
Un siècle et demi après son ouverture, le Casino de Monte-Carlo n'est plus la source de revenus de Monaco : les chiffres publics le disent, et la Principauté s'en félicite depuis longtemps. Il reste pourtant ce qu'elle possède de plus précieux, le bâtiment qui a tout rendu possible, de la suppression des impôts directs en 1869 à la skyline actuelle. Les visiteurs y voient un décor de cinéma ; les résidents, eux, savent qu'ils habitent la ville que ce décor a littéralement créée. Et tant que la roulette tournera dans la Salle Europe, le centre de gravité de Monaco restera exactement là où Charles III l'a posé en 1863.